Chroniques : Le 28 octobre 2021

Publié le par Kansaijin

PASSAGE DE SAISON

Le temps est si beau, le mont Rokko derrière moi se teinte subrepticement encore de rouge, d'orange, de jaune. L'espace sonore est peuplé de lointains claquements de travaux immobiliers, une horde d'oiseaux Hiyodori lancent sur l'air limpide leurs "hiiiiii" un peu rugueux. Ces oiseaux peu élégants, comme le disent les locaux, ont, selon eux, une voix Kitanai. Si ce mot signifie, à la base: sale, il peut vouloir dire aussi: grossier, laid, dépourvu de toute élégance. Il est vrai que son timbre n'a rien de celui d'un mélodieux rossignol de printemps, ni des lumineux grillons-clochettes des soirs de septembre. On dirait une peu des commères qui s'interpellent, mais j'aime bien tout de même. c'est vivant! Voilà, c'est donc sous un ciel radieux que j'écris ces lignes aujourd'hui. Oui, les automnes sont si doux dans le Kansai. Et, pour cette si particulière année 2021, l'été a joué ses chaudes prolongations en s'étirant jusqu'au 16 octobre. Le 17 nous a enlevé 10 degrés nous propulsant, l'espace d'une nuit, dans l'automne. De fait, si je me promenais jusque là chez moi en pagne d'Asie du Sud-est, je me suis retrouvée le lendemain en pantalon et en veste coupe-vent, à l'occasion d'un concours de pétanque.

PETANQUE

La pétanque, aah, que j'aime ce jeu que je pratique depuis mon enfance, en compagnie de mon grand-père, et suis heureuse de le retrouver dans le lointain Japon où les locaux s'y adonnent avec ferveur, et même trop! C'est notre ami Pascal qui l'avait organisé, ce champion devenu plus gros importateur de boules dans le pays, et même de toute l'Asie, avec sa société: Couplay. Une belle  journée, en compagnie d'autres joyeux francophones. Il est juste dommage que les Japonais n'aient, comme toujours pas intégré l'esprit du jeu, le côté spontané, émotionnel, convivial. Il en est de même pour les danses, les chansons françaises...Tels des ingénieurs, ils maitrisent parfaitement les techniques. Leurs visages sont concentrés, impassibles ; on dirait qu'ils travaillent...  On cherche l'humain... Ils étaient tous vêtus de maillots sportifs, identiques pour les deux membres de l'équipe, pétris de rituels minutieux, comme marcher trois pas avant le cercle où lancer les boules, leur position, inclinaison du corps des bras, avec une précision de cérémonie du thé. Pas un sourire, pas un rire, pas une exclamation. Je me suis essayée par moments à les dérider sans grand succès. Mon amie et moi nous sommes même faites réprimander par l'un d'eux car nous tenions à moins de 2 mètres du joueur à l'oeuvre. Ils nous rappelaient avec autorité les règles que nous semblions avoir oubliées. Dur et presque comique à la fois. Mais bon, nous connaissons le Japon. Notre consul est venu remettre une rutilante coupe aux gagnants que nous n'étions évidemment pas. Et j'ai revisionné avec nostalgie, sur Youtube, la scène culte au jeu de pétanque du film "Je suis timide et je me soigne" avec Pierre Richard. Douce France, cher pays de mon enfance...

KINMOKUSEI ?

C'est drôle, même si, depuis les fenêtres ouvertes les écoles, on entend chanter les enfants préparant leur concert d'automne, les oliviers odorants n'ont toujours pas diffusé leur parfum suave de pêche jasminée de début octobre. Si les fleurs du printemps furent exceptionnellement précoces cette année, celles de l'arrière saison semblent prendre un retard tout aussi surprenant. Les petites fleurs orange ne sont encore qu'à l'état de boutons. Elles s'épanouiront  peut être au début de novembre! Du jamais expérimenté!

CHANGEMENT CLIMATIQUE

Le climat devient vraiment bizarre, disent mes étudiantes assez âgées avec qui nous étudiions un texte sur le réchauffement climatique et Greta Thunberg. Les hivers, il ne neige plus guère dans le Kansai, plus de quoi en faire une couche! Elles me racontent leurs souvenirs d'enfance où elles aimaient manger la neige fraichement tombée dans leur jardin. Elles en faisaient du Kakigôri, en la saupoudrant de sucre, ou de sirop!

TOHOKU

Je me réjouis de partir quelque jours dans la région du Tohoku, le nord-est, en compagnie de mon mari, rendre visite à cette femme japonaise qui m'avait accueillie chez elle durant un mois, la première fois que j'étais venue au Japon. Là bas, ils ont un accent nordique, aux voyelles courtes, serrées par des consonnes bien accentuées. Il y fait froid, alors on ouvre le moins possible la bouche dit-on. C'est comme en Europe, lorsqu'on passe de l'italien et de l'espagnol avec tous ces "a", au français équilibré, à l'allemand, puis au russe bardés de consonnes à la suite. Comme quoi l'environnement fait l'humain! Nous allons y vivre l'automne en avance, à point maintenant là-bas. Le front des Kôyô venant du nord vient d'atteindre la région, avant de venir recouvrir nos forêts, en principe à la fin de novembre. 

UN AUTOMNE A KYOTO de Corinne Atlan

En attendant, je me délecte du livre "Un automne à Kyoto" de Corinne Atlan, grande traductrice d'auteurs japonais classiques contemporains dont Haruki Murakami, où elle nous fait partager ses  errances au sein de l'ancienne capitale à la saison des arbres flamboyants. Je me laisse porter par ses phrases, tout en poésie, dans ce voyage visuel et intimiste au coeur d'une ville et d'une saison que je connais, me retrouvant le plus souvent dans ses impressions, réflexions. Tout est si bien relaté, évoqué. Comme j'aimerais avoir écrit ces lignes!  

Diana

Chroniques : Le 28 octobre 2021

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G
Le kôyô doit être magnifique en cette saison. Surtout si tu as posé tes valises dans le tohoku où le changement de couleurs doit être plus avancé.
Ce livre a l'air fort intéressant, merci pour ses références.

Bonne semaine, à bientôt.
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